The Delta Saints
L'émission "blues" de radio RDL Colmar animée par Jean-Luc et David BAERST

 

Pouvez-vous présenter tous les musiciens qui constituent le groupe ?
Ben Ringel : Il y Ben Azzi à la batterie, Dylan Fitch à la guitare, David Supica à la basse, Greg Hommert à l'harmonica et, moi-même, Ben Ringel au chant et à la guitare Dobro.delta saints

Quand et pourquoi avez-vous décidé de fonder The Delta Saints ?
Ben Ringel : Bien qu'issus de différents endroits, nous avons tous déménagé à Nashville à la même période. C'est dans cette ville du Tennessee que nous nous sommes rencontrés. C'était dans le cadre de nos études et, pour être plus précis, à la Belmont University. Très vite la musique nous a réunis et nous avons commencé à jouer et à écrire des chansons ensemble. Il faut dire que nous avions pour but de fonder un groupe qui réunisse tous les genres musicaux que nous aimons. C'est vite devenu une nécessité, une manière de sceller notre amitié naissante et de mettre en évidence notre amour de la musique.
Nous n'imaginions pas encore que l'opportunité nous serait offerte de nous faire un nom et de nous produire en Europe aujourd'hui...

Pourquoi avez-vous choisi ce nom de groupe, The Delta Saints ?
Greg Hommert : Le fait de trouver un nom de groupe est toujours une chose terrible. Il faut, en effet, que tout le monde soit d'accord...
Ben Azzi : Pour de nombreuse raisons, ce nom sonne mieux que The Fab Five par exemple (rires) !
Greg Hommert : En effet, The Delta Saints est le meilleur nom que nous ayons trouvé. Il évoque le son du groupe et nous permet d'atteindre un point dont nous ne pouvons pas revenir. Changer de style nous pousserait à changer de nom. Maintenant c'est trop tard, notre nom est reconnu et, grâce à cela, nous somme « condamnés » à continuer de pratiquer cette musique dont les origines proviennent du Delta du Mississippi  (rires) !

Pouvez-vous me parler de la scène blues de Nashville ? Pour nous, européens, cette ville a toujours cette image de capitale mondiale de la country music...
Ben Ringel : Contrairement à ce que les gens pensent, il est possible de jouer n'importe quel style musical à Nashville. La country music y est très importante mais c'est la musique, en général, qui y est reine. Il y a beaucoup d'artistes et de groupes de blues qui s'y produisent. D'ailleurs ce genre a su y trouver un nouveau souffle. Il s'est réimplanté au sein du courant musical dominant actuellement.delta saints
Des groupes comme les Black Keys ou les White Stripes revendiquent une appartenance à ce genre et font une musique qui en est directement issue. Grâce à eux, tu peux à nouveau trouver des disques de blues très purs, chez tous les disquaires américains. Nashville ne fait pas exception à la règle !
Greg Hommert : Nous sommes, en effet, plutôt chanceux car nous pouvons côtoyer de nombreux groupes de blues et de rock à Nashville. Ces musiques n'y sont pas décriées et il n'est pas rare de voir des combos qui les mêlent allégrement à d'autres styles. C'est une chose intéressante qui se généralise dans tous les USA et qui prouve que cette musique n'est pas sur le point de disparaitre.
Ben Ringel : Effectivement, c'est très intéressant. Les frontières musicales s'ouvrent et ne se limitent pas au blues-rock avec des influences limitées au blues et au rock'n'roll. On voit toujours des extraordinaires artistes de blues comme BB King, Buddy Guy, The Tedeschi Trucks Band etc... Cependant, ce ne sont pas eux qui sont les plus populaires parmi les jeunes générations. C'est à dire chez les gens qui ont entre 18 et 30 ans... Ces derniers se retrouvent davantage dans le rock'n'roll, la pop ou le rap. C'est pour cela que le fait de voir des groupes représentatifs de ces styles s'ouvrir au blues et une très bonne chose. Ces combinaisons remportent beaucoup de succès et permettent de remettre cette musique au goût du jour. Le mélange entre le rock et le blues commence à vraiment bien marcher ici. Il ne serait pas étonnant que cela devienne aussi, rapidement, le cas en Europe. On sent, en tout, cas qu'il commence à y avoir un nouvel attrait de la part des labels et de l'industrie du disque pour cela...

Je suis quelqu'un qui apprécie également beaucoup la country music. Y puisez-vous certaines de vos influences ?
Ben Ringel : Moi aussi j'adore de nombreuses choses différentes dans la country music. Je suis, à titre personnel, particulièrement touché par un artiste tel que Ryan Bingham. Il y a aussi, dans un registre plus alternatif, Ryan Adams qui est un songwriter incroyable. A ce titre il peut être considéré comme l'une de nos influences. Si on prend le Top 40 de la country, il y a des choses qui ne me toucheront jamais. Par contre on y trouvera toujours une dizaine d'artistes qui ne se contentent pas de nous rabâcher les mêmes clichés. Des gens qui arrivent à concilier de réelles valeurs musicales à des valeurs humaines.

Quelles sont, en fait, les grandes influences du groupe ? delta saints
Ben Ringel : Nous avons tous des parcours diversifiés. Nos personnalités, tout en se complétant, sont assez différentes. De ce fait nous nous retrouvons dans une musique issue de tous les goûts qui sont les nôtres. A titre personnel, la première chanson dont je me souvienne est « Boom boom » de John Lee Hooker. Ce dernier avec Howlin' Wolf, Muddy Waters, RL Burnside fait partie des gens qui te rappellent d'où tu viens. Dans leur sillon, des groupes tels que The Dave Matthews Band m'ont permis de développer mon propre style. Je me situe dans un univers où se croisent John Lee Hooker et Ryan Bingham ainsi que RL Burnside et Ryan Adams... Ce sont tous des auteurs de chansons remarquables.
Ben Azzi : Pour ma part j'écoute un peu de tout avec une préférence pour les productions propres et particulièrement bien « léchées ». Ainsi je me retrouve dans l'indie pop et dans certaines productions de rap et de hip hop. J'aime les rythmes et le groove...
Dylan Fitch : J'aime le rock des débuts et le blues. C’est mon père qui m'a ouvert les yeux sur une forme de musique qui, depuis, me suis toujours. Ainsi je suis devenu un admirateur des Allman Brothers ou de vieux bluesmen comme Howlin' Wolf, John Lee Hooker, T Bone Walker. Je me suis aussi intéressé aux générations suivantes avec Eric Clapton, Stevie Ray Vaughan... Bien sûr je suis un grand appréciateur des guitaristes. Depuis quelques temps mon spectre musical s'est ouvert à d'autres genres comme le reggae. Je m’intéresse aussi à l'actualité de plusieurs auteurs-compositeurs ou artistes de hip hop. Si j'aime ce qui se faisait avant je suis, tout comme Ben, devenu très sensible aux productions très soignées. En résumé, je suis aujourd'hui adepte de différents styles.
David Suppica : J'ai commencé l'apprentissage de la basse dans un groupe de jazz constitué de jeunes. Puis je me suis orienté vers des chose plus « funky » et vers le son de la firme Motown. Ce sont naturellement des musiques où la basse et plus prédominante.
Greg Hommert : J'ai grandi avec la musique des Blues Traveler dont le chanteur-harmoniciste John Popper m'a donné l'envie de faire de l'harmonica. C'est lui qui a, en partie, développé mon goût pour la musique. Par la suite j'ai suivi de près le développement du mouvement new grass, une forme musicale héritière du bluegrass qui est l'une des fondations de la musique américaine. Depuis environ deux ans, je me penche aussi sur le jazz des débuts. Par exemple, lors de notre dernière tournée, j'ai écouté des disques de Jelly Roll Morton. Je te conseille, d'ailleurs, un CD du trompettiste Wynton Marsalis « Mr Jelly Lord : Standard Vol.6 » constitué de nombreuses reprises de chansons du pianiste de la Nouvelle-Orléans. Ecouter Jelly Roll Morton est une chose très intéressante. En effet, c'est un artiste qui permet réellement de se plonger dans les origines des musiques afro-américaines, une base fondamentale que l'ont retrouve toujours chez de nombreux artistes. Des gens comme Ryan Adams, par exemple, dont nous parlions déjà tout à l'heure...
C'est aussi une racine du groupe Fleet Foxes dont la démarche est passionnante et dont j'apprécie particulièrement le dernier album « Helplessness Blues ». Dans les jeunes générations j'aime aussi tous les albums du groupe Bon Iver, le tandem Susan Tedeschi-Derek Trucks etc...
J'écoute beaucoup de choses, à partir du moment que la musique est bonne, qu'elle soit sombre et touchante...delta saints
 
Combien de disques avez-vous enregistrés à ce jour ?
Ben Ringel : Aux Etats-Unis nous avons édité deux EP's de 6 titres chacun. Il y a eu « Pray On » puis « A Bird Called Angola » en septembre dernier. La compagnie qui s'occupe de notre actuelle tournée européenne, Teenage Head Music, a contacté Philippe Langlois du formidable label français Dixiefrog. Ceci dans l'optique d'avoir un album afin de promouvoir nos concerts actuels. Un accord a rapidement été trouvé et, de ce fait, notre premier album, portant notre nom, vient de sortir. Il est constitué de la quasi intégralité des chansons de nos deux EP's, c'est-à-dire onze. Elles ont été remastérisées pour la circonstance...
Nous travaillons actuellement sur notre prochain album dont nous terminons l'écriture actuellement.
La réalisation d'un tel projet est une chose très onéreuse. De ce fait, nous travaillons avec une compagnie nommée Kickstarter. Cette dernière soutient les projets de nombreux artistes. Les fans et amis de ces derniers peuvent faire des dons afin de financer l'enregistrement. En retour, en fonction du montant versé, le souscripteur reçoit un ou plusieurs cadeaux (pour 10 dollars c'est la copie digitale de l'album, deux semaines avant sa sortie, par exemple). La valeur des cadeaux est croissante, en fonction du don. Par exemple, pour 500 dollars, nous offrirons le téléchargement, le CD, un vinyle exclusif, un CD de démos, un t-shirt, une affiche et une guitare peinte et signée par tout le groupe. C'est une belle initiative où, finalement, tout le monde est gagnant. De nombreux groupes de Nashville utilisent cette méthode qui tend à se généraliser à tous les Etats-Unis. Elle aide pour l'enregistrement et aussi pour la promotion. Nous entrerons en studio en janvier 2012...

Vous qui êtes des amateurs de grands songwriters, quels sont les thèmes que vous abordez dans vos textes ?
Greg Hommert : Les femmes et le vin (rires) !
Ben Ringel : Nos chansons sont issues d'un travail collectif du groupe. Toutes nos pensées y sont recensées, chacun y apporte sa touche personnelle. La batterie suggère à David une ligne de basse qui, elle-même, entraine une rythmique. Tout coule de source...
En ce qui concerne nos premiers textes, « ma boite était très petite » et je n'en tirais que des sujets classiques : les femmes, les histoires de cœur etc...
Pour notre prochain album, nous allons faire preuve de davantage de maturité. Je me suis, par exemple, penché sur le travail de Bob Dylan et sa manière de raconter des histoires. Je ne prétends pas arriver à ses chevilles mais je pense avoir pris plus de recul et avoir vécu plus de chose. J’ai une expérience personnelle de la vie plus développée qu'auparavant. N'importe quelle anecdote peut, aujourd'hui, nous pousser à écrire une chanson.
Greg Hommert : Effectivement, nous ne comptons pas aborder a perpétuité des sujets pour adolescents...
Ben Ringel : Oui, bien que dans le blues, la plupart des sujets tournent autour de l'amour, des ruptures amoureuses, du sexe, du mal etc...
Greg Hommert : Il faut bien admettre que le sexe est un sujet inépuisable. Tout se passe, tourne à 90% autour du sexe, tout est sexe...
Ben Ringel : Le titre de notre prochain album sera « Death Letter Jubilee ». Il m'a été inspiré par une vieille chanson de Leadbelly « Death letter blues » (titre créé par Son House, nda). C'est elle qui nous a permis de trouver le concept original de ce disque, puisque le thème général en sera tiré...delta saints

Etes-vous touchés par les songwriters plus engagés politiquement parlant ? Je pense à Steve Earle par exemple...
Ben Ringel : Personnellement je l'aime beaucoup...
Dylan Fitch : Je trouve que ce qui s'est fait de mieux dans la musique date d'une période s'étalant entre 1950 et le milieu des années 1970...
Ceci est lié au fait que les gens avaient, alors, beaucoup de revendications : la lutte pour les droits civiques, la guerre du Vietnam, les oppositions politiques etc...
Des groupes se sont fait l'écho de tous les opposants du système. Je pense, par exemple, au Creedence Clearwater Revival qui a connu sa plus grosse période de gloire en même temps que le mouvement Flower Power. Les plus beaux textes ont toujours été inspirés par d'importants faits sociaux. Cependant, pour beaucoup d'amateurs de musique, le texte passe au second plan. C'est un peu « tu es musicien donc tais-toi et joue! ». Les gens se contentent d'écouter de la musique, ils ne veulent pas avoir à réfléchir pendant un concert, juste s'amuser...
Neuf fois sur dix, ce n'est pas parce que tu ne sais pas parler... mais simplement parce que tu sais chanter, écrire et jouer de la musique. C'est ce qui est le plus important pour la plupart des spectateurs. Ceci-dit, je te confirme que j'adore aussi Steve Earle, c'est un songwriter incroyable...

Vous effectuez, actuellement, votre première tournée européenne. Cela doit représenter une opportunité formidable pour de jeunes musiciens américains comme vous... D'autant plus que la scène blues doit être totalement différente des deux côté de l'Atlantique...
Ben Azzi : En effet l'engouement n'est pas le même. Le blues, aux USA, fait partie du décor, on y prête presque plus attention. Dans les clubs, on retrouve 20 personnes dans un coin qui boivent et fument des cigarettes. En Europe, il y a davantage d'amateurs éclairés et un public plus diversifié. C'est un bon mélange entre jeunes, personnes entre deux âges, spectateurs plus âgés et vrais amateurs de musique. La culture est très différente entre les deux continents. Nous sommes très contents, pour cette première tournée européenne, de fréquenter tous ces clubs de blues qui on tous une véritable âme.
Ben Ringel : Je rejoins tout à fait ces propos... Ici le blues est apprécié à sa juste valeur, les gens aiment vraiment cette musique. Aux USA, en comparaison avec le rock’n'roll, la pop et le rap, le blues n'intéresse que des petits groupes d'amateurs.
Greg Hommert : Concernant cette musique, les Black Keys sont le plus bel exemple de réussite aux USA. Je ne connais pas leur popularité dans le reste du monde mais chez nous, ils sont un peu les chefs de fil de ce mouvement blues-rock actuel.delta saints
Ben Ringel : D'ailleurs, en ce qui nous concerne, nous sommes un groupe qui ne puise pas exclusivement ses racines dans le blues. Comme nous avons déjà pu le faire transparaitre lors de cet entretien, nous nous nourrissons aussi de soul music et de rhythm and blues par exemple. Nous ne cherchons pas à ce que ce mélange propulse le groupe comme superstar du jour au lendemain. Notre seule prétention est de pouvoir continuer à faire notre musique et à donner des concerts le plus longtemps possible.
Greg Hommert : Nous essayons aussi de créer un pont entre les générations lors de nos concerts. Une chose que nous permet la diversité de notre musique.

En dehors de votre prochain album, quels sont vos projets ?
Ben Ringel : Faire un maximum de tournées... Durant celle que nous effectuons actuellement, nous avons donné des concerts filmés qui devraient nous permettre de proposer de belles vidéos dans l'avenir (le groupe a également participé à la célèbre émission « live » allemande, Rockpalast, nda) entre autres pour la chanson « Momma ». Avec notre petit budget et tout ce qui nous arrive sur la route, je crois que nous pourrions en proposer un petit film d'épouvante ou de zombies (rires) !
Notre but et de continuer à donner environ 150 concerts par an, au rythme de 3 à 4 concerts par semaine. Le reste du temps pourra, ainsi, être consacré à l'écriture et à l'enregistrement de chansons.
Nous sommes des gens très normaux et avons une vie rangée et tranquille. Une chose que le public a parfois du mal à s'imaginer lorsqu'il voit le groupe sur scène. Il pense que nous sommes entourés de filles, à boire du whisky et à nous droguer. Cette image est complètement fausse...

Souhaitez-vous ajouter une conclusion à cet entretien ?
Ben Ringel : Merci pour tout, en particulier pour ton intérêt vis-à-vis du groupe. Nous invitons les gens qui nous apprécient à nous soutenir via Kickstarter à cette adresse :
http://www.kickstarter.com/
Greg Hommert : C'est un lien très important car il peut nous aider à financer notre prochain album. La musique est une chose qui coute de l'argent... Si vous aimez notre style et que vous avez envie de nous soutenir... n'hésitez pas !

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Interview réalisée
au Caf' Conc' d'Ensisheim
le 18 octobre 2011

Propos recueillis par
David BAERST

En exclusivité !

 

 

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